Comme dans le reste de l’Amérique latine, la Colombie connaît d’importantes transformations politiques qui laissent espérer que des issues seront trouvées aux vieux problèmes qui l’accablent. Cependant, l’attitude du Président de la République Alvaro Uribe Vélez et d’autres membres du gouvernement de ce pays met en danger cet espoir.
Le parti Pôle Démocratique Alternatif (PDA), appelé couramment le Pôle, incarne aujourd’hui un important facteur de changement et un réel espoir. Fort de ses 550.000 membres actifs, ce parti rassemble différents mouvements de gauche.
Formé il y a à peine un an, le PDA est devenu la deuxième force politique colombienne lors de l’élection présidentielle de mai 2006 (22 % des voix), et la principale force politique d’opposition. L’existence du PDA représente également une rupture avec le bipartisme traditionnel, cette pratique de distribution du pouvoir entre les deux vieilles formations - le Parti libéral et le Parti conservateur -, qui ont monopolisé le pouvoir en Colombie.
Le PDA a réitéré son caractère démocratique et a consigné dans ses statuts que l’utilisation des armes est contraire à ses méthodes et à ses objectifs. Il prône la nécessité de garantir l’existence d’un véritable Etat de Droit. Le PDA a aujourd’hui un rôle de premier ordre en Colombie : en dépit des intimidations, ses dirigeants ont dénoncé avec de nombreuses preuves à l’appui la connivence des groupes paramilitaires, responsables de milliers d’assassinats, avec une large partie des membres de la coalition du gouvernement. Depuis la fin de l’année dernière, ces liens délictueux ont été rendus publics par la justice colombienne: le scandale de la « parapolitique » (qui fait allusion aux dites connivences entre les paramilitaires et la coalition d’Uribe), ébranle la légitimité de ce gouvernement. Ce scandale surnommé « paragate » par certains médias nord-américains, attire même l’attention du Congrès aux Etats-Unis, et spécialement du Parti Démocrate qui met en question la prolongation du Plan Colombie (que le Président George W. Bush continue de défendre) et l’approbation du Traité de Libre Commerce avec Bogotá.
Dans ce contexte, les débats menés par le PDA ont déclenché à une crise institutionnelle qui s’est traduite, le 19 février dernier, par la démission de la Ministre d’Affaires Etrangères, Mme. María Consuelo Araújo (dont certains membres de la famille sont accusés de délits commis avec des groupes paramilitaires, tels qu’enlèvement d’opposants politiques, intimidation et fraude électorale), par l’incarcération de huit parlementaires (et des enquêtes sur cinq autres parlementaires) de la coalition du Président Uribe, et par les enquêtes judiciaires sur l’ancien chef du Département Administratif de Sécurité (DAS) - le service de renseignements colombien (directement rattaché à la Présidence de la République) -, M. Jorge Noguera, arrêté le 22 février dernier. Choisi par M. Uribe lui-même, M. Noguera est accusé d’avoir rencontré des chefs paramilitaires, d’avoir commandité des assassinats politiques (notamment de syndicalistes et d’opposants) et d’avoir détourné quelques 300,000 voix en faveur de Monsieur Uribe lors des élections de mai 2002 (qui ont eu pour résultat la victoire pour son premier mandat -2002/2006).
Le président Uribe cherche à étouffer le scandale dû aux liens de son parti et de son gouvernement avec les paramilitaires en incriminant insidieusement et publiquement des dirigeants du PDA. De plus, le Président Alvaro Uribe Vélez ne manque pas de stigmatiser les principaux dirigeants du PDA, les accusant même d’être des « terroristes déguisés en civil » et des alliés de la guérilla (cf. El Tiempo, 04-02-2007), ce qui les met particulièrement en danger. Depuis ses récentes déclarations dans les médias, trois assassinats de militants du PDA se sont produits.
Ces événements rappellent l’expérience de l’Union Patriotique (UP), parti de gauche constitué légalement qui a été décimé dès la fin des années 1980 et tout au long des années 1990. L’UP a subi l’assassinat de plus de 3.000 de ses militants, un « génocide politique » reconnu par la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme de l’Organisation d’Etats Américains (OEA).
Pour éviter que des faits semblables ne se reproduisent, les militants du PDA en Europe font un appel à la vigilance internationale pour que ce parti puisse exercer le droit légitime d’opposition politique et pour que les structures paramilitaires soient véritablement démontées.
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